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Ivan Savvidis lors de son craquage
Ivan Savvidis lors de son craquage — AFP

Celle-là, on nous l’avait encore jamais faite. Et en même temps, il suffisait d’y penser : protester contre un but refusé avec un flingue à la ceinture, c’est encore le meilleur moyen d’être écouté par l’arbitre. On plaisante, mais le sujet n’est pas particulièrement marrant. Dimanche soir, le président du PAOK Salonique a craqué en se pointant armé sur la pelouse à la 89e minute du match face à l’AEK Athènes pour signifier son désaccord avec une décision arbitrale. Les images ont fait le tour du monde, la barbe beaucoup plus sel que poivre d’Ivan Savvidis est désormais entrée dans l’histoire.

En revanche, il reste toujours introuvable. « Dans le cadre de la procédure de flagrant délit, M. Savvidis sera arrêté s’il est localisé d’ici lundi à minuit », a indiqué une source policière. S’il reste introuvable d’ici là, le président du club, un influent homme d’affaires gréco-russe de 58 ans, pourra ensuite être poursuivi en procédure normale. En attendant, le championnat grec a lui été suspendu jusqu’à nouvel ordre et les rencontres « ne reprendront pas tant qu’un nouveau cadre ne sera pas mis en place, validé par tous ».

>> A lire aussi : Grèce: Le président au gun recherché par la police, le championnat suspendu jusqu'à nouvel ordre

Tu m’étonnes. Bref, revenons à ce qui nous intéresse, le « Blondin » de Salonique. Et on préfère prévenir d’avance, si vous vous attendiez à tomber sur le portrait d’un amoureux du foot coupable d’un excès d’enthousiasme et de passion après l’ouzo de trop, vous allez être déçus. C’est même plutôt l’inverse. Un joueur du championnat grec depuis quelques années nous a avoué ne jamais l’avoir vu avant les photos de ce matin dans les journaux, alors « qu’il a joué trois fois contre le PAOK ». Les clubs français qui l’ont affronté en Coupe d’Europe ne s’en souviennent guère plus. Pas de casseroles anti-arbitre, anti-adversaires, anti-système, anti-quoi que ce soit. Rien. Nada. Niet même.

Il est né en Géorgie en 1959 dans une famille d’agriculteurs d’origine pontique, c’est-à-dire descendante des populations hellènes ayant colonisé les côtes de la mer noire, qui ont trouvé leur salut dans la culture du tabac. Mais c’est 1000 kilomètres plus haut qu’il se lance dans le business : à Rostov-sur-le-Don, en Russie, un Savvidis adolescent roule à même le sol des cigarettes pour la « Don State Tobacco Factory » tout en prenant des cours du soir, raconte le magazine américain American Interest, dans un portrait.

La suite : il passe son service militaire, monte en grade dans la boîte, découvre la Grèce puis retourne en Russie pour prendre – sans que l’on sache trop comment – après la chute de l’Union Soviétique, la tête de « Don State Tobacco Factory », nationalisée et devenu la « Donskoy Tabak », principal pourvoyeur de cigarettes dans le pays. C’est là qu’il a fait fortune.

Député à la Douma

Savvidis est effectivement riche, très riche. Dans le Top 30 des Russes les plus riches, selon Forbes, ce qui n’est pas un mince accomplissement. Il serait (très) proche du pouvoir. Il a d’ailleurs été député à la Douma entre 2003 et 2011 sous l’étiquette « Russie Unie » de Vladimir Poutine. On lui prête aussi d’être l’officier des intérêts du président russe dans la région de Thessalonique.

« RENDEZ-MOI MON GUN »
« RENDEZ-MOI MON GUN » - AFP

Car depuis son retour sur la terre de ces ancêtres, au milieu des années 2000, Savvidis a racheté la moitié de la ville, la deuxième plus grande du pays. Sans blague. Chaînes d’hôtels de luxe, entreprises de tabac, chaînes de télés, immobilier, port… Et puis au milieu de tout ça le club de foot, donc, en 2012. « Il est adoré par les supporters », nous assure d’ailleurs ce joueur du championnat grec, en grande partie parce qu’il est considéré comme le bienfaiteur d’une ville où il a été le seul à investir pendant la grande crise.

En 2016, le mariage de son fils George est considéré comme « l’événement de l’année » en Grèce. Parmi les invités : l’ancien Premier Ministre, le ministre de la défense ou le maire de Thessalonique. Bref, tout ça pour dire qu’Ivan Savvidis est quelqu’un de très important, un puissant proche d’autres puissants. A tel point que certains l’imaginaient comme un futur homme d’Etat en Grèce. Et que personne ne s’imaginait le voir tout envoyer en l’air à cause d’un match de foot.

Ancien joueur de Montpellier, Bertrand Robert était au PAOK au moment où Savvidis a repris le club et l’a lavé toutes ses dettes, en 2012 :

Quand j’ai vu ça aux infos ce matin, j’étais choqué. J’étais avec lui pendant deux ans et c’était quelqu’un de très calme, sans histoire. Même quand on perdait des matchs, il était toujours calme, pas agressif. L’homme avec qui j’ai pu échanger, je n’ai rien à en dire de mal, ça s’est toujours bien passé ».

Peut-être a-t-il été pris par la ferveur historique du foot grec. « Il a de l’argent et il fait de son équipe une sacrée équipe qui pourrait parfaitement lutter pour le Top 8 en France », poursuit notre joueur anonyme. En Grèce, son PAOK lutte pour le titre et a d’ailleurs perdu un match importantissime sur tapis vert il y a quelques semaines car ses supporters ont blessé l’entraîneur de l’Olympiakos en lançant des rouleaux de papier toilette. Avant-même les événements de dimanche soir, la tension était immense dans le foot grec et la lutte à trois entre le PAOK, l’AEK Athènes et l’Olympiakos est une poudrière.

Alors peut-être qu’une erreur d’arbitrage face à l’un de ces rivaux était de trop pour Savvidis. Notre Français exilé en Grèce conclut : « Je vais te dire un truc : ça fait 35 ans que le PAOK n’a pas été champion. La pression est énorme. Peut-être que c’est ça qui l’a fait dégoupiller ».

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/sport/football/2236415-20180312-proche-poutine-classement-forbes-bertrand-robert-voici-president-gun-paok-salonique
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